Ancien Tribunal

Ouvert jusqu’au 25 septembre

Les artistes regroupés dans l’ancien tribunal traitent de la transgression, de ses risques et de ses conquêtes, et de son rôle au cœur de la démarche artistique. Pour eux, à défaut de changer le monde, l’art a le devoir d’émanciper en explorant de nouveaux espaces de liberté, en faisant bouger les limites et en ouvrant des frontières.

Jordi Colomer est passé de la scénographie à l’action urbaine. Il voyage de ville en ville, perçant à jour leurs barrières et leurs codes. Il invente des scénarios de survie poétique  à la lumière des anciennes utopies. En résidence dans la médina de Tétouan au Maroc, il découvre le réseau de circulation sauvage qui passe par les toits et entreprend de le suivre, guidé par un enfant du pays. Ce chemin parallèle au plan officiel des rues, transgresse les limites des propriétés et se soustrait à leurs lois. Comme le montre le film en accéléré, à la manière d’un Charlie Chaplin, ce périple hasardeux exige une souplesse, physique et morale, qui convient à la jeunesse et à sa soif de liberté.

Dans ses « Corrections » Julien Berthier prend également le risque de franchir les limites de la légalité. Déguisé en agent des espaces publics, il soustrait des poteaux superflus pour regrouper des panneaux de signalisation de tous ordres, puis il transpose les trophées de son intervention clandestine dans l’espace d’exposition. Au-delà du geste de résistance à un environnement imposé, ce « prélèvement négligeable » est à la fois bien et mal, il n’apporte ni ordre ni désordre, tout juste une « simplification » dont l’ambigüité est plus riche d’invention poétique qu’une leçon d’esthétique urbaine.

« Boyzone » de Clarisse Hahn est une tentative de rédemption par l’image. L’artiste découpe dans des journaux locaux du Mexique ou de Thaïlande des photographies de délinquants mineurs, prises au moment de leur arrestation ou de leur parution en justice. Dans ces pays en proie à une violence urbaine quotidienne, les lecteurs soulagent leurs peurs en contemplant les visages encore imberbes de ces jeunes « monstres » dont le regard traqué est jeté en pâture à un public avide de presse à sensation. Le traitement appliqué à la photographie redonne à ces enfants un semblant de dignité et d’humanité qui questionne leur ambivalence, entre coupables et victimes.

Emprisonné pendant une dizaine d’années au Costa Rica, Jhafis Quintero fait l’expérience de l’art en prison. Après sa libération, l’art lui offre un autre moyen de transgression et lui permet de transformer son expérience en œuvre. Depuis, il a produit une vidéo performance par année d’incarcération. Leur chorégraphie expressive et sensuelle restitue les sensations et les angoisses liées à l’isolement et à l’insécurité permanente, mais aussi le besoin de communiquer et d’espérer. Parmi ses stratégies de survie, « La Hora Garrobo » montre Jhafis Quintero en train de capter les rayons du soleil sur sa peau nue, tandis que le bruit de la lime de fer appelle à la liberté. Dans « Metamorphosis » il rejoue sa sortie. Lorsqu’il passe la limite de la prison, il laisse les chaussures qui ne l’avaient pas quitté un instant pour parer à toute éventualité, comme on laisse ses peurs pour entrer dans un monde libre.

Pauline de Laboulaye


JULIEN BERTHIER

Né en 1975 à Besançon, France
Vit et travaille à Aubervilliers
Français
Site de l’artiste
Site de la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois

« Les Corrections, c’est regarder le monde tel qu’il est, trouver des absurdités et des incohérences réelles à des fonctionnements ou installations et les corriger. Il y a donc une intention quelque peu démiurgique de la part de l’artiste qui peut changer le monde, mais il s’agit surtout d’un geste illégal où cependant rien ne change car tous les signes restent en place. »


JORDI COLOMER

Né en 1962 à Barcelone
Vit et travaille entre Barcelone et Paris
Espagnol
Site de l’artiste
Site du CNAP

Les toits du monde attirent les enfants que nous étions. Ils continuent à les attirer : parcourir les toits, se sentir plus près des nuages, en plein jour, se balader, un peu, s’éloigner du sol, des autres, pour un instant…

« La situation du baladin » de Pedro Araya


CLARISSE HAHN

Née en 1973 à Paris
Vit et travaille à Paris
Française
Site de l’artiste
Site de la galerie Jousse Entreprise
Clarisse Hahn - Boyzone – Thaïlande, 2011 - © C. Hahn
Clarisse Hahn – Boyzone – Thaïlande, 2011 – © C. Hahn
Vue d'exposition - Clarisse Hahn
Vue d’exposition – Clarisse Hahn

JHAFIS QUINTERO

Né en 1973 à La Chorrera, Panama
Vit et travaille à Vérone
Panaméen
Site de l’artiste
Site de la galerie Analix Forever
Jhafis Quintero - La Hora Garrobo, 2013 - © J. Quintero
Jhafis Quintero – La Hora Garrobo, 2013 – © J. Quintero
Vue d'exposition - Jhafis Quintero
Vue d’exposition – Jhafis Quintero

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