CONFÉRENCE DE JOEL PETITJEAN

Dans le cadre des Rencontres de l’Été

Le samedi 9 juillet à 21h
Au théâtre de la Comédie à Lectoure


Des archives inédites de Louis Ducos du Hauron (1837-1920), pionnier de la photographie des couleurs, acquises par le musée Nicéphore Niépce

A la suite de longues démarches, le musée Niépce a reçu une collection unique, l’une des plus importantes réunie sur « l’inventeur de la photographie en couleurs ». Savoureux mélange de documents d’intérêt historique et de pièces relatives à la vie privée de Louis Ducos du Hauron, ce fonds inédit, retrouvé tel, peut-être, qu’il nous fut laissé par l’inventeur ou son entourage, fait figure d’exception : composé de trois cent trente pièces, il se distingue des rares ensembles parfois parcellaires connus à ce jour. Son analyse historique et scientifique permet de renouveler notre regard sur les travaux de l’illustre pionnier et vient enrichir -voire remettre en question- certains éléments communément admis de l’histoire de la photographie des couleurs. Cette acquisition présente donc une importance certaine pour ce qui concerne la sauvegarde et la connaissance de l’œuvre des pionniers de la photographie du XIXe siècle.

L’objectif de cette conférence, outre de montrer la collection réunie, est de faire connaître les circonstances, et surtout l’intérêt scientifique de cette découverte, tout en présentant quelques résultats de recherches, ainsi que la personnalité et les travaux très divers de Ducos du Hauron situés dans leur contexte historique.

Nous attirerons l’attention sur certaines images inédites, probablement obtenues par le chercheur lors de ses premiers essais : des négatifs pour des trichromies montrant des Paysages sur nature pris à Lectoure, ville où l’inventeur résida en 1868 et 1869 ; des négatifs (probablement réalisés en ce même lieu) pour des trichromies montrant des disques à secteurs colorés, à mettre en rapport avec l’une des deux premières trichromies (disparues) jointes par l’auteur à sa première communication à la Société française de photographie en 1869 ; des monochromes bleus ou jaune de sa célèbre trichromie de Feuilles et pétales de fleurs par contact, présentée à cette même société en février 1870.

Louis Ducos du Hauron
Louis-Arthur Ducos du Hauron est né en 1837 à Langon, près de Bordeaux. Issu d’une vieille famille d’Agen, il était le fils d’un fonctionnaire des Contributions indirectes. Il vécut successivement à Libourne, Pau, Agen, Tonneins, puis à Auch où son père décéda en 1863. A partir de cette date, célibataire, il suivit toujours son frère Alcide Ducos du Hauron, magistrat -mais également écrivain, poète, peintre et dessinateur- dans ses différents lieux d’affectation professionnelle : à Agen dès 1864, à Lectoure (courant 1868 – courant 1869), puis de nouveau à Agen, puis à Alger (1884-1896), à Paris (1896-1904), à Savigny-sur-Orge (1904-1914), puis au Temple-sur-Lot et à Agen (1914-1920).

Inventeur très prolifique, utopiste, méthodique, il s’intéressa à des sujets très divers : la reproduction de gravures par la photographie, la photographie des couleurs, la photographie en relief (ses « anaglyphes » monochromes ou polychromes à la base du cinéma en relief), la photographie déformée (ses « anamorphoses photographiques »), la photographie reformée (ses « panoramas corrects » obtenus « par anamorphose »), la photographie animée (sa très étonnante anticipation théorique et pratique du cinéma, dès 1864), ou bien encore sa « cigarette indéroulable », son « moteur-girouette ou moulin à vent horizontal » et son périscope dit « canne œil de géant » permettant de voir au-dessus de la foule.

S’intéressant à la photographie depuis les années 1860, ayant eu, sans doute, dès ses premiers travaux, une certaine connaissance des méthodes directes de photographie des couleurs, se démarquant d’emblée des pionniers ayant expérimenté ces méthodes et obtenu des résultats encourageants sans réussir, toutefois, à les fixer, le chercheur, une quarantaine d’années avant la commercialisation et le succès de la plaque Autochrome des frères Lumière (procédé qui donnait de remarquables trichromies, mais, toutefois, sans négatif qui permette leur reproduction -tout comme le daguerréotype), proposa une méthode pseudo-scientifique « indirecte » de « reconstitution » des couleurs qui influença de façon décisive les techniques de la photographie et de l’image imprimée.

En effet, en 1862, Ducos du Hauron inventa le premier procédé trichrome de photographie des couleurs qui permit de réaliser, à partir de trois négatifs d’un même sujet, plusieurs tirages stables à la lumière. Durant les années 1860, l’inventeur réalisa ses premières épreuves ; en 1868, il déposa un brevet ; en 1869, il publia ses travaux et fut le premier à présenter des spécimens.

Chevalier de la Légion d’honneur en 1912, l’inventeur termina cependant sa vie dans des conditions difficiles : largement oublié, voyant ses découvertes pourtant fondamentales insuffisamment reconnues mais souvent plagiées, il fut recueilli par sa belle-sœur à Agen où il mourut le 31 août 1920.

Louis Ducos du Hauron, Paysage sur nature pris à Lectoure, négatif sur papier pour tirage héliochromique, Chalon-sur-Saône, musée Nicéphore Niépce.
Louis Ducos du Hauron, Paysage sur nature pris à Lectoure, négatif sur papier pour tirage héliochromique, Chalon-sur-Saône, musée Nicéphore Niépce.

Joël Petitjean est docteur en histoire de l’art (thèse intitulée Recherches sur la photographie et la Commune de 1871, université Paris-Sorbonne, 1996, sous la direction de Bruno Foucart).

Depuis 1997, il intervient au musée Niépce en tant que chargé de mission et d’étude. Ainsi, en 1999, il a été commissaire de l’exposition Les désastres de la guerre et ses cruels ravages, « reportages » et portraits de la guerre en France, 1870.

Joël Petitjean a, d’autre part, retrouvé d’importantes archives de Louis Ducos du Hauron. A la suite de ses interventions, ces archives ont été sauvées et, en 2002, confiées au musée Niépce. Le chercheur a participé aux opérations de conservation, d’étude et de mise en valeur de cette collection. Dans le cadre d’un projet d’édition, il poursuit actuellement ses recherches monographiques dans différentes collections publiques.

Joël Petitjean a également travaillé sur l’influence du photographe Eugène Atget (étude pour le ministère de la Culture, mission du patrimoine photographique), sur le fonds Albert Londe (inventaire des chronophotographies scientifiques pour l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts), sur Gustave Courbet et la photographie (conseiller scientifique et co-auteur de l’exposition A l’épreuve du réel, les peintres et la photographie au XIXe siècle, Ornans, musée Courbet, 2012 ; auteur du livre Gustave Courbet et la photographie, musée Courbet / Fage éditions, 2012), ainsi que sur les photographies stéréoscopiques de la guerre de 1914-1918 (co-auteur de l’exposition Verdun 1916 / La guerre en relief organisée par le Conseil général de la Meuse et le musée Niépce, Verdun, Centre mondial de la paix, 2006).

Depuis septembre 2012, Joël Petitjean est chargé de cours en histoire de la photographie à l’université de Bourgogne (département d’histoire de l’art et d’archéologie).

A cette même date, il a été nommé, par arrêté du ministre de la Culture et de la Communication, chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.


En partenariat avec L’École d’Été, initiée par des acteurs du Pays Portes de Gascogne